• L'église Saint-Nicolas

     

    Une vision parmi d'autres...

    Léglise Saint-NicolasD’après la tradition, le territoire de la ville d’Enghien aurait été évangélisé par Saint Eloi. En souvenir, on aurait construit une chapelle dédiée à cet apôtre. C’est le premier berceau de la paroisse actuelle. On peut retrouver les vestiges de cette chapelle dans le sanctuaire de Saint-Eloi, situé au côté droit de l’église d’Enghien. Saint Eloi fut l’apôtre de la Flandre et des environs de notre ville. Ses reliques furent transportées du Hainaut vers la Flandre. La chapelle de Saint-Eloi peut trouver son origine dans le fait qu’elle servait d’abris pour ses reliques sur notre territoire. Dans certains vieux documents datant du XVIIe siècle, Saint Eloi est appelé l’apôtre d’Enghien.

    Dès la première moitié du XIVe siècle, l’église d’Enghien reçut Saint Nicolas de Myre comme patron (consécration du maître-autel le 30 septembre 1347). Les premières mentions de l’église d’Enghien remontent vers le milieu de XIIe siècle. A cette époque, l’autel d’Enghien n'était qu’une simple annexe de l’église de Hoves dont le patronat appartenait à l’évêché de Cambrai. On ne sait pas à quelle époque elle fut appelée paroisse. Dans la liste des paroisses du Hainaut de 1186, Enghien (Anghien ou Ainghien) est cité avec Petit Enghien (Ainghien-le-Petit) comme appartenant au doyenné de Hal, tandis que Hoves dépend du décanat de Chièvres. Mais il faut être prudent car cette liste contient de nombreuses erreurs. On ne peut donc pas conclure que Enghien était devenu à cette époque une paroisse indépendante de Hoves.

    En 1243, les échevins d’Enghien régularisent le service religieux dans l’église paroissiale. Ils vont ériger une chapellenie perpétuelle, dont le chapelain recevait 7 livres blancs par ans. Enghien constituait donc une véritable paroisse à cette époque. Jusqu’au concordat de 1802, elle fit partie du doyenné de Hal, compris dans l’archidiaconat de Brabant, une des quatre grandes divisions du diocèse, puis archidiocèse de Cambrai. Les trois autres archidiaconats étaient ceux de Cambrésis, de Hainaut et de Valenciennes.

    Le doyenné de Hal qui comprenait un grand nombre de paroisses appartint au diocèse de Malines. Comme les autres circonscriptions ecclésiastiques du même genre, il formait un concile ayant à sa tête un doyen de chrétienté, chargé de la police ecclésiastique et d’un contrôle sur l’administration des biens paroissiaux. Outre ces fonctions, le doyen est appelé à représenter le clergé rural dans les synodes. Dès la fin du XVe siècle, on voit très souvent des curés d’Enghien investis de ces fonctions. Il y a même eu une requête adressée par les habitants de la ville à l’archevêque de Cambrai pour demander de transférer le siège de ce doyenné à Enghien.

    La dîme de la paroisse était perçue à raison de 2/6 pour l’abbaye de Saint-Denis, 1/6 pour le curé, et les 3/6 restants étaient levés au profit de la chapelle du château.

    L’église d’Enghien connut plusieurs interdits, suspensions rigoureuses de toutes cérémonies religieuses. En 1357, cette peine religieuse frappait tout le comté de Hainaut et fut maintenue jusqu’aux fêtes de Noël. En 1389, l’interdit fut jeté sur la ville d’Enghien à cause du « fait de Messire Jehan le Corte ». La ville du se racheter de cette peine en versant 20 francs franchois au doyen de Hal. Peu après l’évêque de Cambrai prononça de nouveau l’interdit contre la ville et excommunia l’autorité locale car celle-ci avait fait saisir les biens d’un clerc pour le contraindre à se réconcilier avec un homme qu’il avait voulu tuer. Le comte du Hainaut demanda une enquête à plusieurs membres de son conseil. Il était contre la décision de l’évêque et voyait cela comme une atteinte portée à sa juridiction. Hélas, on ne connaît pas l’issue de cette affaire. En 1433, l’église fut encore mise en interdit du fait que le bâtard de Saint-Pol avait injurié et blessé, sans doute dans l’église, un seigneur de Foriestre. Cet interdit fut levé par l’évêque de Cambrai lors du grand carême. En 1455, une suspension fut encore prononcée au sujet de Messire Gille Diogbiert, prêtre, qui avait eu des difficultés avec un individu de Mons. En 1480, nouvel interdit, cette fois parce qu’on y avait inhumé en terre bénite, sans l’autorisation du curé, le cadavre de Hannekin Vander Straete (qui avait été décapité par la justice d’Enghien). En 1483, le compte du massard demanda à l’évêque de lever l’interdit contre plusieurs dépenses.

    Le milieu du XVIe siècle est l’époque où les réformés vinrent piller l’église et semer le trouble dans la ville. Pendant les premières années de la domination française, l’exercice du culte fut proscrit, car le curé avait refusé de prêter le serment imposé par les lois révolutionnaires. Après la fermeture de l’église, les bourgeois qui étaient attachés à leur religion, venaient réciter des prières autour de l’église. Ces pauvres gens furent plusieurs fois maltraités par des officiers français. La messe se disait assez fréquemment dans des maisons particulières ; on y administrait aussi les sacrements. La persécution religieuse fut relativement modérée. Le commissaire de la république était un certains De Hantschutter, belge de naissance. Il ne partageait pas les haines de ses supérieurs et se mit à protéger les bourgeois, les prêtres et les anciens religieux contre les poursuites. Il conquit bien vite toutes les sympathies de la population catholique. Malheureusement, De Hantschutter ne vécut pas longtemps. Par la suite, la paroisse d'Enghien fut intégrée dans l’évêché de Tournai...

    L’église paroissiale d’Enghien est un édifice d’une bâtisse très irrégulière. Elle offre un ensemble de constructions ou parties de constructions d’âges et de styles très différents.

    L’église Saint Nicolas est située sur la place, au centre de la ville où viennent aboutir les principales rues. Elle présente une croix latine irrégulière, déformée par des constructions ajoutées à différentes époques. Ses dimensions hors-d’œuvre sont : longueur 41 m 68, largeur du chœur 7 m 83, largeur du transept 26 m 83, largeur des nefs 24 m 80.

    L'église décanale Saint-Nicolas d'EnghienLa tour assez élevée et qui domine le paysage est placée à l’intersection des nefs et du transept. Elle est de forme quadrangulaire et comprend 2 étages percés sur chaque côté de 4 fenêtres ogivales, séparées par des arcatures et des fausses niches. L’étage supérieur reconstruit de 1848 à 1850, a remplacé l’ancienne construction de style renaissance. On l’a surmontée d’une flèche ogivale en bois qui se compose d’un toit carré, flanqué de 4 clochetons répondant aux contreforts hexagones sculptés. Cette réédification est assez conforme au style de l’édifice et en fait une des parties les plus remarquables. L’ensemble de loin offre de l’analogie avec les tours qui surmontent les églises et les cathédrales anglaises.

    L’église est bâtie en partie de moellons (pierre) et en briques. A l’exception de la chapelle de Saint Eloi. La majeure partie des constructions appartient au style flamboyant qui fut en usage au XVe siècle dans notre pays. La façade principale qui termine l’église se compose d’un mur en pignon épaulé par quatre contreforts très massifs entre lesquels sont bâties quelques maisonnettes. Le mur principal bâti en partie en moellons et en partie en brique est percé d’une porte en ogive à cintre surbaissé. Au-dessus s’ouvre une grande fenêtre ogivale dont les meneaux ont disparu et qui a été murée en partie, lors du placement des orgues. Cette façade était anciennement accostée de pinacles, ornée de gargouilles et de crochets tourmentés qui s’enroulaient sur ses bords pour se terminer en galbe élégant. Hélas, il ne reste que des vestiges de cette ornementation.

    L’église recèle quelques lieux remarquables comme la Porte à Loques, la chapelle Notre-Dame de Messines (anciennement appelée Chapelle Saint-Eloi) avec son superbe retable anversois du XVIe siècle. A remarquer aussi les vitraux de Max Ingrand (1964), la chapelle Sainte-Anne, un triptyque en bois de style primitif flamand, des statues remarquables du XVe siècle, la chaire de vérité du XVIIe siècle, les fonds baptismaux…

    (Ernest Matthieu - Histoire de la ville d'Enghien - 1876 (réédition 1974) - pp. 439-531).

     

    Sous l'angle architectural...

    L'histoire architecturale de l'église Saint-Nicolas d'Enghien n'a pas encore été écrite. Une brève étude du monument et une rapide incursion dans les sources d'archives ont permis les cons­tatations et hypothèses suivantes. Elles réclament, faut-il le dire, l’examen de la critique. La présente étude, nullement exhaustive, est basée sur les leçons de M. le professeur Lavalleye, de Louvain, et sur les enseignements de M. le professeur Brigode (1).

    Vers le milieu du XIIe siècle (2), un temple existe à Enghien. Nous savons qu'il dépend du pasteur d’Hoves et qu'il est donné par l'évêque de Cambrai à l'abbaye de Saint-Denis-en-Broque­roie près Mons (3). Cet édifice subsiste, avec des transformations peut-être, jusqu'à l'extrême fin du XIIIe siècle. Aucun vestige apparent n'en est conservé.

    Au dire de l'historien Colins (4), à cette date ou au début du XIVe siècle, les habitants d'Enghien entreprennent la construction d'une église nouvelle. Le fait peut étonner : les monuments de cette époque sont rares en Hainaut. L'accroissement de la popu­lation et son enrichissement par le commerce en sont une expli­cation.

    Les travaux du chœur devaient être assez avancés vers 1321, puisque peu avant cette date, Walter II, seigneur d'Enghien, y fait construire quatre arcades destinées à abriter les sépultures de sa famille. Son édification était, en tout cas, achevée en 1347 car le suffragant de Cambrai en consacre l'autel, cette année-là. L'œuvre, cependant, n'était pas achevée : de 1359 à 1362, le magistrat donne des sommes importantes à l'église. A la fin du siècle, on travaille encore à la tour (5).

    L'église Saint-NicolasDe cette première campagne de construction, que nous reste-­t-il ? Une partie de la nef, à savoir les arcades et l'arc triomphal dont l'élancement trahit le XIVe siècle. Ces éléments paraissent nettement plus anciens que les piliers moulurés qui, nous le dirons, sont des témoins de transformations ultérieures. Des supports primitifs, des vestiges nous sont restés, englobés dans les boiseries du jubé (N.d.l.r. : disparu en 1964 lors des travaux de restauration), conservant encore leur chapiteau à la mode du XIVe siècle.

    Une charpente lambrissée couvrait, sans doute, ce vaisseau. Quant aux collatéraux, ils portaient probablement des berceaux transversaux en bois, formule fréquente au nord du Hainaut (6).

    Une visite dans les combles de l'église permet de déceler facilement les traces laissées dans les hauts murs de la nef par les toitures à double versant couvrant ces berceaux transversaux.

    Les maçonneries inférieures de la tour, enfin, sont à dater de la même époque.

    Le XVe siècle vit reprendre les travaux. C'est l'époque du développement urbain. Les villes, aux mains de la bourgeoisie, s'organisent et s'enrichissent rapidement. Les ducs de Bourgogne leur accordent des privilèges et encouragent leurs activités com­merciales (7).

    Enghien participe à cette prospérité générale. Dès le début du siècle, le magistrat alloue quelque argent « à l'aide des ouvra­ges de la chapelle Saint-Eloi » (8).

    L'examen archéologique souligne l'intérêt du texte. La colon­ne isolée qui, dans la chapelle de Notre-Dame de Messine sépare la grande nef de la petite, appartient, en effet, au XVe siècle.

    De 1410 à 1417, on travaille à l'église et à la tour. Ces der­niers travaux sont d'envergure car il faut dépendre les cloches. Les textes conservés ne nous disent rien de plus, sinon qu'en 1442, l'évêque Pierre, suffragant de Cambrai, vient consacrer le maître-­autel et sept autres autels (9).

    Que peut-on conclure ?

    Une simple transformation de décor n'eut pas requis la pré­sence d'un pontife. S’il fallut consacrer à nouveau le maître-autel, n'est-ce point qu'il aurait été déplacé ? S'il le fut, n'est-ce point que le chœur de l'église, devenu trop petit, aurait été prolongé ?

    L'extension de la « Broederscap van onze Vrouw » (10), composée de clercs attachés à l'église, a-t-elle exigé cet agrandisse­ment?

    L'argent, en tout cas, ne manque pas. En 1450, on construit un doxal à l'intérieur de l'église et, sept ans plus tard, Jehan Inglebin élève son splendide porche brabançon (11).

    Le XVIe siècle donne à l'église son cachet définitif. Le grand incendie de 1497 et une étonnante prospérité permettront aux riches bourgeois d'entreprendre d'importants travaux menés au goût du jour.

    C'est l'époque où les hautelisseurs exportent leurs produits dans toute l'Europe. Enghien est réputé, à l'égal d'Audenarde et presque de Bruxelles, comme un centre industriel et artistique de premier plan. Le 2 juillet 1497, un terrible incendie détruit une partie de la ville. L'église en souffre beaucoup. La cité allait avoir l'occasion de témoigner de sa vitalité (12).

    Très rapidement, les travaux sont entamés. En décembre, le chœur est recouvert. Bientôt, des piliers, des murs sont recons­truits. En 1498 et 1499, de nouvelles cloches sont pendues dans la tour. En 1500, l'évêque suffragant de Cambrai consacre les autels relevés (13).

    L'œuvre de restauration se poursuit et l'édifice actuel en pré­sente partout les traces.

    Les chapiteaux et les bases des colonnes étaient en mauvais état et dépareillés : on les remplace par des éléments moulurés à la mode du temps. Les berceaux de bois favorables aux incendies sont écartés. Ils cèdent la place à des voûtes solides sur croisées d'ogives. Bien que cette nouvelle couverture ait exigé une surélévation des murs de la nef, ceux-ci n'ont pas été percés de fenê­tres. Il en résulte que la structure demeure en quelque sorte celle de l'église-halle (14).

    On voudra même agrandir l'église : une nouvelle nef sera construite devant l'autel de la Vierge.

    Colonnes reprises en sous-œuvre, bases et chapiteaux mou­lurés, voutains en briques, nervures sèches trahissent le travail du XVIe siècle. L'église d'Enghien présente une situation que l'on retrouve à la même époque en d'autres églises du Hainaut. Les églises de Chièvres et de Deux-Acren, par exemple, subissent au XVIe siècle des transformations semblables (15).

    La dernière étape de la construction sera, au début du XVIIe siècle, l'édification de la chapelle Sainte-Anne.

    Le XVIIIe et le XIXe siècles se livreront à des travaux de restauration qui ne furent pas tous heureux. Accordons cependant une mention à la réédification de la tour. En 1843. un incendie en détruisait le dernier étage reconstruit en style classique en 1785. Restauré, de 1848 à 1850, en style néogothique, cet étage, surmonté d'une flèche, a donné à l'édifice la silhouette si parti­culière qu’on lui connaît aujourd'hui.

    ...

    (1) S. BRIGODE, L'Architecture religieuse dans le Sud-Ouest de la Bel­gique, t. I, Bruxelles, 1950. Il nous faut souhaiter la parution du second volume de cette magistrale étude, le plus tôt possible.
    (2) E. MATTHIEU, Histoire de la ville d'Enghien, Mons, 1876, p. 439.
    (3) Une charte du XIIe siècle attribue cette donation à Nicolas, évêque de Cambrai. Cf. E. MATTHIEU, op. cit., p. 440. Ce prélat a occupé le siège de Cambrai du 22 mars 1136 au 1er juillet 1167. Cf. E. de MOREAU, Histoire de l'Eglise en Belgique, t. III, p. 678.
    (4) P. COLINS, Histoire des choses les plus mémorables, advenues en l'Europe, depuis l'an onze cens XXX jusques à nostre siècle, digerées et narrées selon le temps et ordre qu'ont dominé les seigneurs d'Enghien..., 2e éd., Tournai, 1643, p. 55.
    (5) E. MATTHIEU, op. cit., p. 483.
    (6) S. BRIGODE, op. cit., p. 232 et 233.
    (7) La première moitié du siècle fut particulièrement prospère dans les Pays-Bas. (H. PIRENNE, Histoire de Belgique, 2e éd., Bruxelles, 1908, t. II, p. 408-443). En 1422, Jean IV, duc de Brabant, accorda aux foires d'En­ghien d'importants privilèges. Philippe le Bon les confirma.
    (8) E. MATTHIEU, op. cit., p. 478.
    (9) E. MATTHIEU, op. cit, p. 486.
    (10) E. MATTHlEU, op. cit., p. 459-466.
    (11) E. M ATTHIEU, op. cit., p. 487.
    (12) E. MATTHlEU , op. cit., p. 400-405 ; H. PI RENNE, op. cit. , t. III, p. 241­-245.
    (13) E. MATTHIEU, op. cit., p. 489.
    (14) Cette formule de la halle avec légère surélévation du vaisseau cen­tral, est fréquente dans le Hainaut (églises de Chimay, Gosselies, Gerpin­nes, Renlies, etc.).
    (15) S. BRIGODE, op. cit., p. 230-233.

    (Jean Dumoulin - L'église paroissiale d'Enghien - Annales du Cercle Archéologique d'Enghien – Tome IX – 1954 – pp. 253-256)

     

    Sous l'oeil d'un autre historien...

    Facettes multiples. Mystérieuses aussi. Nul n’en connaît les origines. Est-ce la chapelle de « Monsigneur Saint Eloy » dont tout, aux greniers, prouve qu’elle n’est pas ce qu’elle fut ?

    Ou plutôt le chœur même de l’église avant les constructions qu’y fait exécuter Walter II d’Enghien († 1310) ? Une certitude toutefois : le maître-autel est consacré en 1347. A la suite d’un sinistre qui ravage jusqu’au « beelfroit ù les clocques pendent », il l’est à nouveau en 1442. Puis, l’église s’embellit : jubé et orgues, verrières armoriées et chapelles, sarcophages de marbre et d’albâtre aux effigies des d’Enghien « armés, heaulme en teste, vestus de leur cotte d’armes, leur femme lez eulx… » Hélas ! qu’en reste-t-il après l’incendie de 1497 et surtout le sauvage passage des « saccageurs » de 1566 ?

    Nouveau sinistre le jour de l’an 1668. Sans doute, la tour reprend-t-elle forme, mais c’est au pluriel : assises ogivales, ceinture en frise néogothique ; torse renaissance à colonnes doriques collées au corps, collier de balustrades ; le reste s’achève, goitreux et microcéphale… La foudre, en 1767, laisse tout au plus l’assurance de voir l’édifice s’effondrer à la première sonnerie de cloches.

    Puis, pendant vingt ans, se chamaillent la ville et l’abbaye de Saint-Denis-en-Broqueroie : à qui donc incombe l’entretien de cette église ? Surviennent les Sans-Culottes qui, sans mettre tout ce monde d’accord, pillent et dévastent. En 1843, nouvel incendie. Cinq ans plus tard, il faut défaire la tour jusqu’à la frise. On la reconstruit en néogothique avec campanile et flèche, flanqués de quatre pinacles. Le XXe siècle ne l’embrase pas de ses flammes ; il la secoue de ses bombardements. On démonte le clocher jusqu'au carillon (1960). Il réapparaît après un an. Les formes sont restées ; les forces revenues.

    Voilà pour la tour, de croisée, à couronnement néogothique.

    Dès la fin du XIVe siècle elle possédait un carillon. Restauré et complété à plusieurs reprises principalement en 1756, 1925 et 1955, le carillon comprend 51 cloches. Les plus anciennes ont été fondues par Waghevens (1512) ; ce qui en constitue la base –notamment le bourdon de 2.750 kg- l’a été (1754-1756) par Georges Duméry, natif de Hoves, fondeur des cloches du beffroi de Bruges (1742-1746), des carillons de Courtrai (1738-1739), Thielt (1772), Cambron (1781), etc. On doit les dernières au fondeur Michiels, de Tournai. Grâce à l’astuce de l’un ou de l’autre, le carillon parvint à échapper aux réquisitions françaises et allemandes (1918). Furtivement rafistolé en 1940, sa valeur historique le mit à l’abri de l’emprise nazie. Les cadrans de l’horloge et le tambour du carillon automatique en bronze dont Duméry est également l’auteur, datent de 1765. Le mécanisme du tambour a été électrifié en 1989. Les cadrans de l’horloge ont été entièrement restaurés fin 2013…

    L'église Saint-NicolasLe reste de l’église évolue au gré des siècles, des goûts et des moyens. Le XVIe siècle, après avoir réparé les dégâts de l’incendie de 1497, construit la deuxième nef latérale droite ; le XVIIe siècle y installe la chapelle du Rosaire et, après avoir érigé la chapelle Sainte-Anne, doit déjà la rebâtir en 1690. Le XVIIIe et davantage le XIXe siècles s’efforcent d’imposer le néogothique avec ce qu’il a de scolaire, rigide et suranné. Au XXe siècle, tribune et maisonnettes disparaissent (1927) ; moins de quarante ans plus tard, s’ajoutent baptistère et annexes. A l’intérieur, on sarcle, élague, dégage. Sous le badigeon et le plâtre, on découvre quelques vestiges du XVe siècle. Dès lors le chœur retrouve ses enfeux ; les fenêtres leur structure primitive ; le jubé s’efface, les orgues descendent occuper une chapelle latérale ; un autel en remplace un autre ; le pavement est renouvelé ; l’éclairage et le chauffage se modernisent ; les voûtes sont restaurées, les chapiteaux des colonnes décapées récupèrent en de nouvelles greffes leurs feuilles de choux frisés et les fenêtres reçoivent l’éclat de nouvelles verrières (1962-1964).


    (Yves Delannoy - Enghien (guide) - 3e édition - septembre 1990 - pp. 11-26).