• Les surnoms enghiennois

     

    En 1952, la ville d'Enghien comptait 319 commerçants se répartissant comme suit : 46 cafés et marchands de bières ; 35 de produits d'alimentation ; 22 bouchers ; 21 de tissus et confection ; 21 de chaussures ; 19 boulangers, pâtissiers, crémiers ; 16 lingeries, merceries ; 13 d'ameublement, 13 plombiers zingueurs ; 10 de couleurs, de vernis ; 10 d'électricité ; 10 d'autos, motos, vélos ; 8 de fruits et légumes ; 8 coiffeurs ; 8 pharmaciens, 8 drogueries ; 7 marchands de charbon ; 52 commerces divers : tabac, bureaux, horlogers, photos, art, journaux, etc... qui fournissaient à cinq mille habitants environ, et à trente-cinq mille habitants des communes limitrophes, dépendant des deux régimes linguistiques francophone et flamand.

    Les jours de ventes massives se fixent le mercredi (jour du marché) et le dimanche matin. Il y a lieu de noter que le mercredi de nombreux ambulants créent d'une part une ambiance de foire favorable, mais d'autre part, enlèvent au commerce local un volume d'affaires important. La clientèle rurale arrive à la ville par des moyens de communication les plus divers : à pied, à cheval, à vélo, en auto, en train, en bus.

    Ils dégusteront une "Croës" (pendant l'occupation une "Churchill") de notre brasserie locale Decroës, une "Saison" de chez Delhaye, une "Just-hop" de chez Denys, une "Zwette" (Joséphine Baker de la brasserie Concordia) dans les cafés qui portent l'enseigne: le "Bombardé", le" Jeu de balle", la "Cloche", le "Central", le "Poids public", le "Vieux Cèdre", au "Repos des Pêcheurs" ou des "Cyclistes", à "l'Arrêt de l'autobus", "chez Mastek", "Soe Charlot", "Maria Klakke", "Zotte Zander", "Soitje Slot", "Jef Sport", la "Grosse", "Manu", "Zaza", de "Witte", ou dans l'un des trois cafés voisins, les numéros 14, 16 et 18 rue d'Hérinnes, chez "Kadoutje", "Soe Kabu", "Fanieke", le "Patria", "Finne Dodo", "Rousse Jeannet", "au Rotte Planchei", et le "Pigeon bleu".

     

    Les surnoms enghiennois

    Les surnoms enghiennois

    Brasserie Delhaye
    Rue de Nazareth

    Les surnoms enghiennois

    Une auto se répare chez "JefDodge", "JefCitroën". Un vélo s'achète chez "AVA", "Bobino", "Titje l'Avenir". Vous pouvez obtenir votre journal chez "la Presse". Quant au cinéma, nous avions le choix entre le "Patria", le "Casino", chez "Pieke", le "Salon de l'Univers" ou le "Patronnage".

    Pour d'autres acquisitions, nous irons chez "Bougieke", "Bolwat", "Botvinke", "Chabot", "Cigaret", "Jojo la crème", "Torreke Fritt", "Fons Fromach", "Soe Helles", "Witte kol", "Marie Kreim", "Miester Ziep", "Jeng Mossel", "Léon Pantoef'", "Papierke", "Marie Parapleuw", "Prince Katoentche", "Sidol", "Madeleine Sayette", "Robert Spa", "Yvonne de Vis", "Georges Zovelenboer",  ...

    Notre classification se poursuit par les rubriques :


    LUXE : "Jef Kastiel".

    CULTURES SPECIALES : "Cacao", "Pivoine", "Ruukuule", "Caoutchouc" (faisait partie de l'équipe de football d'Enghien Sport, championne du Hainaut en 1936) ; son véritable nom était Gaston Van Holder, sa place de prédilection était celle de défenseur et son arme principale était le "tackling" à longue distance, qui lui permettait de récupérer le ballon dans les pieds de l'adversaire. Sa dernière apparition lui fut fatale : un arbitre qui n'appréciait pas ce genre, lui administra un penalty et l'exclusion du terrain pour jeu dangereux.

    PARTICULARITES PHYSIQUES : "Blondinetche", "Boerd", "Bollekevet", "Broebel", "Bultch", "Dikke Bil", "Dike Tett", "la belle Hélène", "Hoot bien", "Faene", Pier Kaduk", "Katchuuke", "Toone Krol", "Kromme Nee", "Kromme cheng", "Lange bien", "Lange Fons", "Tuur Latche", "de Leppe", "Mankenette", "Menierke", "Neuske Berteau", "Oelefant", "Pannelatte", "Pikkel", "de Pisser", "Pitchenaf", "Soeke" (colporteur, marchand de chandelles qui avait perdu l'auriculaire), "Pepoes", "Poetche", "Potlutche", "Treeze Proet", "Puutche", "Skeile Soïter", de "Skieve", "Tor Slinke", de "Smalle", "Totteleer", "Totter", "Voelhumme", "de Witte", "Zwarte Lis", "Zwarte Madelon".

    HABITUDES, COUTUMES : "Jef Cancan" (rapporteur), "Flotche" (jouait au chef de gare
    même avec ses touristes), "Krottentrekker" (doigts dans le nez), "Lamzak" (lenteur), "Lompot", "Luute", "Mascotte" (toujours pomponnée), "Mee Laweit" (voix criarde)," Milimeiter" (méticuleux à l'excès), "Tuur Pach", de "Pijp", "Ponce Pilat" (qui a changé de parti politique), "Snifke", "Stoef", "Teigenoeg", "Toto", "Trommeleir", "Tutte", "Pie Verzigteg", "la Veuve joyeuse", "Yoplaboem" (joie de vivre).

    VETEMENTS : "Fine de Beuze", "Bobine", "Broeke", Victor "Casquetje" , "Corset" (très sanglé), "lange Frakke", den "Hoet", "Iffrachapeau", "Loewie Kazak", "Kert Roske", "Koneinevel", de "Veste", "Phil Krawat" (Ost a promis de mettre, pour la première fois de sa vie une cravate, à l'occasion du baptême de son enfant et, -à qui voulait l'entendre- qu'il avait sa cravate. Voilà pourquoi le fils de Théophile fut surnommé "Phil Kravat".

    PLATS FAVORIS : "Ballekes", "Boelie", "Keuchke"," Lahure", "Paté", "Peere Trot".

    FAITS HISTORIQUES : "Bouboule" (acteur du cinéma muet et convenant à Raoul, d'après "Papa" Borgerhoff), "Carnot", (en juin 1894, le président de la République française Carnot est assassiné par l'anarchiste Caserio. Quelques jours après, avait lieu la kermesse d'Enghien. Des "loustics" habillèrent Charles Defraene, qui présentait quelque ressemblance avec le président défunt, d'une redingote et un chapeau haut de forme, et l'installèrent dans une calèche attelée de deux chevaux et le promenèrent dans la ville. Defraene avait beaucoup de bagou, mais aussi la gorge vite sèche. La scène de l'assassinat se répéta devant les cafés prêts à servir des "rafraîchissements". Comme la ville d'Enghien en possédait un grand nombre, la sortie se termina par une cuite mémorable). Mais n'oublions pas "Dreyfus", "Lapize", coureur cycliste local qui hérita du nom du vainqueur du tour de France, "Mayoleke" (chanteur fantaisiste imitant Mayol).

    NOMS D'ANIMAUX : les "Biches", "Félix le Chat", "Keuber", "Beir Kieke", "Makak", "Finne Martekoe", "Matou", "Milou", "Minètche", "Nounours", "Poesaake", "les Poeseke", "Maria Teike", "Ténia", "Zweileke", "Jefden Ezel".

    ININTELLIGENCE : "Zotten Doore", "Zotte Loewie" (pochard), "Zotten Omer" (dégénéré), "Zotte Mong" (original). A son propos, voici une anecdote vécue par nos mères : Sœur Marcelle, enseignante à l'école Saint Vincent de Paul, demanda, au cours de géographie, qui était capable de nommer deux villes d'Afrique. Marcelle "Coseintche" demanda la parole et répondit : "Zottemondi" et "Martikoutche". Ceci ne fut pas très apprécié par sœur Marcelle et pourtant... "Zotte Mong" et "Martekoutche" pendant l'été, s'entraînaient journellement à supporter les chaleurs tropicales. Habillés d'une pelisse, ils affrontaient les rayons solaires sur le toit de leur maison, en vue d'un départ éventuel au Congo.

    TAQUINEURS : "Bobonne", "Boeske", "Buskop", "Deike", "Empereurke", "Flappy", "Marie Louise Kak", "Koboyke", "Koseintche", "Lamoerke", "Landmeter", "Mamatche", "Mononk", "Papa", "Parrain", "Patron", "Peitche", "Pitcheboes", "Voereke".

    SOBRIQUETS ETHNIQUES : "Meeke Belg", "Rossen Boer", "Boerinne", "Boerkevel", "Boerke", "Cana", "Léonard den Doch", "Léon van de Gaine", "Ritche Grammong", "Georges Gramonske", "Tist van de Kache", "Josephine de Malines", "Georg de Russ", "Papa Tonkin", "JefWoele".

    JEUX DE MOTS : "Adi", "Anneke", "Barbier", "Berloek", "Bestel", "Blette", "Boevet", "Borna", "Botche", "Brach", "Breeskaille", "Caillou", "Cassis", "Marie Chakatoer", "Chamboern", "Fiene Champagne", "Cheingskes", "Cherieke", "Cheutter", "Chiezekot", "Coka", "Comeiles", "Daldeere", "Peeke Deele", "Maatche de Guetter", "Doetches", "Fioek", "Fitche", "Milo Flan", "la Flutte", "Georg Gayol", "Jakke", "Jakoe", "Javost", "Kaboebel", "Kadouchke", "Kahut", "Kalister", "Kalae", "Kaletche", "Kaloe", "Kamenoek", "Kapit", "Karabi", "Kastrol", "Mia Katoe", "Keleke", "Kekrol", "Ketkedaake", "Ketter", "Marie Klachku" , "Bertha Klakke", "Kless", "Kletike", "Klontche", "Knutche", "Koetche ", "Beir Kolle", "Kramme", "Krinche", "Kumeke", "Kwik", "Lageireke", "Lahit", "Lutche", "Lutte", "Maebumke", "Maele", "Manoer", "Marianne", "Marquis de Bel Œil", "Matte", "Melche", "Memmen", "Meyer", "Michou", "Miknie", "Miole", "Mitte", "Moele", "Moone", ''Nulle'', "Oelebakske", "Onnepot", "Pakmenpoes", "Paneege", "Patak", "Patatteke", "Patchoke", "Patries", "Pasporke", "Pat", "Pata", "Payatte", "Peirebuum", "Pilipili", "Piston", "Pita", "Pisspiss", "Pitoutte", "Plakkie", "Poekes", "Poeppe", "Poere", "Pokke", "Polka", "Potluut", "Prinche", "Prot", "Sietche", "Skaffel", "Skore", "Sliba", "Slibber", "Slibbergat", "Smeiter", "Sproete", "Sproke", "Steppe", "Stopsel", "Tchakke", "Tchon", "Teppe", "Tioleke", "Tioli", "Tonneklinker", "Tutte", "Lamadi", "Villekes", "Vlekdeksel", "Wante", "Wetel", "Wittebruut", "Yaketoep", "Zorekes", "Sylva Tralaliere".

    PRONONCIATION TERROIR : "Tuur Tuch" (Gramontois), "Staaf Ajuin" (Alostois).

    EMPRUNTS HERALDIQUES : "Baron", "Juusekke", "Keunink" , "Majorke", "Milord", "Miloreke".

    DEFORMATION DU NOM : "Kretche", "Batche", "Bichke", "Buis", "Piedoeke", "Dorekes", "Duevel", "Frano", "Geloesekke", "Kalo", "Kambie", "Katche", "Keike", "Koebe", "Kok", "Kose", "Lanuut", "Letters", "Marientche", "Petitje", "Piroutche", "Pisappel", "Pitersile", "Poeleke", "Poeter", "Posket", "Riekes", "Spit", "Skoentje", "Struuke", "Vincke", "Voske".

    DEFORMATION DU PRENOM : ici, il importe plus spécialement de savoir de qui l'on parle. Si votre sœur, votre belle-sœur et votre fille s'appellent Marguerite, il faudra bien sélectionner et cela donnera: Margot, Gogo, Papo.

    Le prénom François est à relever: ce sera "Frans", "Sis", "Siske", "Soe", "Soeke ", "Soi", "Soitje", "Sus", "Suske".

    Baziel (Basilien), "Bouboule" (Raoul), "Cola" (Nicolas), "Cresoste" (Chrisostome), "Dictus" (Benedictus), "Disse" (Maurice), "Doore" (Isidor ou Théodore), "Finesté" (Félicité), "Gille" (Jules), "Jebbe" (Georges), "Gèle Barb" (Angèle), "Jiene" (Eugène), "Kabemaere" (Léonard), "Kamitte" (Camille), "Luuce" (Lucie), "Mayoutche" (Marie), "Melie" (Mélanie), "Mieske" (Aimé), "Mintjes" (Emilienne), "Mitche" (Mélanie), "Nanske" (Fernand), ''Neike'' (René), "Netche" (Jeannette), "Nieke" (Amélie), "Papo" (Marguerite) , "Pépé" (Pierre), "Pieske" (Pierre), "Pipo" (Pierre), "Pitche" (Pierre), "Dille
    Sapinke" (Odile), "Seeke" (Sylvie), "Siene de Geede (Damassine), "Stayne" (Alexandre), "Stiene" (Emestine), "Ta" (Octave), "Tètèse" (Thérèse), "Tiete" (Jean-Baptiste), "Tokke" (Victor), "Waentche" (François), "Totche" (Victor), "Wiezius" (Elegius), "Yoeneke"(Jean), "Yontche" (GuiIIaume), "Zander" (Alexandre), "Zoke" ou "Jokke" (Georges).

    METIER : "Blaupitche" (tisseur de tissus bleu), "Bliek" (blanchisserie), "Blinduuze"(vendeur de cirage), "Jeanne Chapeau" (modiste), "Droeyer" (tourneur), "Jan van de Gaz (ouvrier de la maintenance dans la distribution du gaz), "Jules van den Hergel" (facteur d'orgues), "César Kalot" (chaisier), "Marcel de Keuster" (le clerc d'église), "Willy Kilowatt" (électricien de la Compagnie d'électricité de la Dendre), "Kipper" (porion), "Kuijper" (tonnelier de la rue du Viaduc), "Lapper" (cordonnier), "Lowie van de MeuIe" (propriétaire d'un petit moulin forain), "Mollevanger" (taupier), "Oeleboer" (marchand de charbon), "Pioch" (piocheur à la SNCB), "Plakker" (plâtrier), "Poepke" (toilette des bébés), "Pompier" (gardien du matériel des pompiers), "Roeche" (balançoire foraine), "Skeiper" (berger), "SkrabiIle" (ferronnier), "Sleutel" (serrurier), "Smet" (maréchal ferrant), "Tapessier" (tapissier), ''Trip'' (boucher), "Uugappel" (occuIiste), "Jef van 't Woeter" (fontainier et responsable du relevé des compteurs d'eau).


    TABLE DES SURNOMS ET TABLE ONOMASTIQUE : cliquer ICI

     

     

     

    Source : Cercle Royal Archéologique d'Enghien - Bulletin trimestriel n° 63/64 - novembre 2009 - Jules Duran - Surnoms enghiennois - pp. 6-19.

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