• La Maison Saint-Augustin et les Jésuites français à Enghien

     

    La Maison Saint-Augustin et les Jésuites françaisLa Maison Saint-Augustin et les Jésuites français

     

     

     

     

     

    Pierre de Lattre s.j.

     

    Extrait des Annales du Cercle Archéologique d'Enghien, tome IX, 1954, pp. 217-252.

     

    LA MAISON SAINT-AUGUSTIN

     

    La Maison Saint-Augustin et les Jésuites français

     

    Entrepris vers 1254 en bordure de l’ancien vivier des Béguines, ce monastère des Ermites de Saint-Augustin fut le plus ancien de l’Ordre dans les Pays-Bas.

    On ne sait à qui l’on en doit la construction. C’est, rapporte-t-on, un « vir eminentis scientiae et pietatis ». Au reste, un demi-siècle plus tard, la chapelle est église.

    Il n’empêche qu’en 1428, il n’y a plus là que fumée et cendres. Le troisième édifice subit le même sort en 1497. Rebâti bientôt, il est pillé par les Iconoclastes (1566), occupé par la troupe (1578) et finalement ravagé par le feu (1594).

    La Maison Saint-Augustin et les Jésuites françaisTandis que la ville, réduite  « en povreté et extrémité », est abandonnée par la plupart des habitants, les Ermites se remettent à l’œuvre. Au palmarès des bienfaiteurs, les grands noms de l’époque : depuis le gouverneur d’Enghien, Charles de Brimeu, jusqu’à Philippe II, en passant par la duchesse Anne de Croy, le marquis de Spinola, les archiducs Albert et Isabelle ; des noms, également d’ici : les Breynaert, Daelman, Flascoen, de Lannoy, Vanderleene, de Warelles, etc.

    Ainsi s’érige, le 17 octobre 1614, la nouvelle église des Augustins. Elle ne subira plus guère de transformations, sinon pour recevoir en 1684 un remarquable portique en forme d’éperon.

    Mais étroitement liée au sort du monastère, elle en partage les multiples aventures, fastes et servitudes.

    Dans ce noviciat et premier collège d’humanités (1623), furent formées plus d’une célébrité : Page et Van Audenrode, primus de l’Université Maetens et Dubuisson, historiens de renom, Daelman, Van Bossuyt, théologiens de valeur, le futur Cardinal Sterckx, etc.

    De Housta y compose sa volumineuse « Historia Chronologia Monasterii Anghiensis Ordonis FF. Eremitarum S.P. Augustini ... »

    Entretemps, Steenkerque en fait un hôpital, une prison ; Fontenoy, un magasin, un lieu de garnison. La Loge même y trouve bon…logis.

    Contre Joseph II, se dressent là des boucliers ; pour Vander Noot, ce sont des glaives, sinon des barils de poudre : « les étudiants sont allés demander le secours de ceux du bas de la rue d’Hoves qu’on appelle les Anglais, et ils sont revenus avec quantité de jeunes gens armés de fusils réitérer leurs cris menaçants sur la place... » La Révolution passe, supprime, chasse. Le Directoire pénètre dans l’église et sort d’une grange. Le Consulat morcelle, vend, mais déjà rappelle (1802) et l’Empire, sans doute, eut tout rétabli s’il n’avait été contraint d’écraser ce repaire de Stévenistes virulents (1808).

    Dans les bâtiments abandonnés, viennent alors s’entasser, poignets et chevilles entravés, des prisonniers arrachés à l’ardente Ibérie (1810).

    Les élèves, eux, ne réapparaissent qu’en 1812 sous la férule de l’Université de France, mais, déjà, l’année suivante, il leur faut quitter classes et sanctuaire.

    De Russie, l’Aigle de France vient s’y refaire les plumes.

    Les Alliés s’emparent du tout et ne laissent là qu’étables, boucherie, bureaux, magasins ; Waterloo, entre mille passages, quelques régiments anglais.

    Après quoi les Augustins reprennent leurs cours dans les bâtiments qui servent ici d’arsenal pour les pompiers et là de caserne pour les gendarmes. La suppression de la liberté scolaire leur  fait quitter définitivement la ville (1825).

    Les autorités communales s’efforcent en vain de les remplacer. Les pères Picpus assurent la relève (1844-1850).

    D’une succession bien difficile, l’évêché de Tournai retire d’heureux résultats. La guerre scolaire y met un terme, tandis qu’à l’orée de la ville, le Principal de ce qui fut le premier Collège Saint-Augustin, en bâtit un second, de ses deniers.

    L’école moyenne officielle tient une année. Et tout autant le musée créé dans la chapelle.

    Puis acculée, la ville cède pour 80.000 francs cet important domaine aux R.P. Jésuites de la Province de Champagne (1887).

    Le renom de ce scolasticat le fait ériger en Faculté pontificale de Théologie ; il réunit, en moyenne, une centaine de théologiens appartenant à une quinzaine de nations.

    Les bâtiments devront être agrandis. Ils le sont par l’architecte Cordonnier, auteur des plans du Palais de la Paix à La Haye. La bibliothèque, réplique de la Grégorienne, est tenue par le Père Pierre de Lattre.

    Cette maison d’études va s’auréoler du prestige dont se pare le nom des plus grands théologiens et orateurs sacrés : les Pères Costenoble, Caruel, carémier de Sainte-Gudule, Watrigant, Viller, initiateur et directeur du Dictionnaire de Spiritualité, Pinard de la Boullaye, carémier de Notre-Dame de Paris, Mgr d’Herbigny, fondateur du Séminaire russe et du Russicum de Rome, etc.

    Dans ces cellules et cette bibliothèque de 150.000 volumes couvrant près de quatre kilomètres de rayons, naissent quantité d’ouvrages de renom universel.

    Au cours de la dernière guerre, quinze tonnes d’archives sont saisies par la Gestapo, des collections entières disparaissent ; le reste est mis sous scellés.

    Après la guerre, c’est en vain qu’une délégation enghiennoise s’envole vers Rome pour plaider auprès de Pie XII le maintien des Jésuites à la rue des Augustins. Ils la quittent en 1957.

    La même année, les bâtiments sont occupés par les Sœurs de Saint-Vincent de Paul qui y ouvrent la section féminine du Collège Saint-Augustin avant que s’y installe la mixité.

     

    STELES

    Sur la façade (rue des Augustins), quatre stèles.

    A gauche de la fenêtre, sous la couronne ducale et le manteau d’hermine, les armoiries des familles d’Arenberg et Pignatelli rappellent la généreuse intervention du feld-maréchal Léopold d’Arenberg qui, en 1732, consacra près de six mille florins à la reconstruction du collège.

    A droite, les armoiries d’Anne de Croy, fondatrice du collège.

    Fondation difficile, s'il en fut.

    Opposition farouche du magistrat, virulente du curé, énergique du Conseil de Flandre… Pour tous et chacun, « c’est une nouvellité odieuse et répugnante ».

    La duchesse contourne tous les obstacles et, de ses largesses, naît cette institution « pour le bien publicq et avancement de ses sujets, habitants en la ville d’Enghien et ailleurs » (1623).

    Entre ces deux armoiries, une statue de saint Joseph avec ce chronogramme :

     
    « sanCtUs Joseph
    CUstoDIt CoLLegIUM »
     

    17 août 1914 : von Armin envahit Enghien ; 11 novembre 1918 : des côtes de Bierghes, von Gyssling s’apprête à pilonner la ville.

    Entre ces deux dates, que d’histoires !

    Ambulance belge, gîte d’étape pour Teutons de toutes espèces, siège des services télégraphiques et ferroviaires allemands, maison d’arrêt pour tous, filles de joie comprises, campement des réfugiés, venus par milliers de Saint-Quentin, Douai, Lille, etc., caserne et laboratoire photographique de von Quast, le « Jesuitenkloster » est tout cela dans un canevas de perquisitions, réquisitions, menaces d’expulsion… D’un être aussi bien « sorti » sans avoir dû sortir, le recteur Jubaru rendit, en 1918, cet hommage reconnaissant au protecteur de la Belgique et de la Maison.

    Une quatrième inscription évoque les soixante-dix années de séjour des Pères Jésuites dans cette Maison où douze cents des leurs reçurent la prêtrise.

     

    PREAU

    La Maison Saint-Augustin et les Jésuites français

    La Maison Saint-Augustin et les Jésuites français

    Non loin, se trouve la porte d’entrée d’une cour dans laquelle on aperçoit un remarquable préau (1730).

     

    CHAPELLE

    Le chœur et les deux nefs appartiennent au début du XVIIème siècle. Le mobilier relève de trois styles : BaroqueLouis XIV et Régence.

     

    CHŒUR

    Consacré à la Vierge Marie dont il évoque au sommet, l’Assomption, l’autel est offert en 1727 par le père augustin Adrien Leverd dont la pierre tombale décore le pavement. Il coûta 1.540 florins. La table et le tabernacle ont été remplacés ; ce dernier était surmonté de la statue de saint Augustin (Quellin, XVIIème siècle) actuellement dans le hall d’entrée du Collège.

    La voûte est ornée de moulures et de deux écussons surmontés d’une mitre au milieu de deux crosses : à droite les armoiries de Laurent de Reyngodt (*), 41ème abbé du Monastère d’Eename (**) , visiteur général des monastères de Belgique en 1720 ; les armoiries de gauche n’ont pu à ce jour être identifiées. Les boiseries du chœur portent des médaillons en relief. On s’accorde à y reconnaître, à droite, sainte Rita de Cassia et sainte Claire entourant sainte Monique ; à gauche saint Thomas de Villeneuve et saint Jean de Pacoud autour de saint Nicolas de Tolentin.

    Les deux vitraux du verrier tournaisien Wybo furent offerts à l’occasion des prémices sacerdotales du père jésuite Dassonville : à gauche l’institution de l’Eucharistie ; à droite, la mission des apôtres dont l’un emprunte les traits de Mgr Dubar, vicaire apostolique de la mission du Tché-ly, parent du donateur.

    Au-dessus des stalles dont Quellin (1609-1668) est l’auteur, on remarque quatre tableaux : de gauche à droite, les pains de proposition, la manne dans le désert, le grand prêtre Melchisédech et le sacrifice d’Abraham.

    Le chœur abrite les pierres tombales de plusieurs familles qui se sont distinguées par leur attachement à l’Ordre de saint Augustin : les Maresteau, de Lannoy, les frères Leverd, les époux Martini et van de Leene, le théologien van Bossuyt (†  Enghien 1727), les Paperode, l’historien Baudouin de Housta (Tubize 1677 – Enghien 1760).

     

    NEF PRINCIPALE

    Les lambris sont d’un style très sobre.

    Des encadrements du XVIIème siècle comprennent six célébrités de l’Ordre : saint Nicolas de Tolentin en adoration devant l’Enfant Jésus lui apparaissant au-dessus d’un calice ; de part et d’autre de la chaire de vérité, saint Fulgence, évêque de Ruspe et saint Gélase, pape, saint Guillaume, duc d’Aquitaine et comte de Poitiers ; au fond de l’église, saint Thomas de Villeneuve dont on connaît la sollicitude pour les infortunés ; à droite saint Augustin renonçant à ses recherches sur le mystère de la sainte Trinité.

    Les deux confessionnaux (style Louis XIV) portant en médaillon le cardinal Alexandre de Oliva (1407-1413) et saint Bonaventure de Péraga († 1390)(***).

    La chaire de vérité (1764) participe à la richesse de ce même style. Elle reposait jadis sur un palmier. Un amateur d’art la scia et l’emporta.

    Les sculptures de la cuve représentant le Bon Pasteur entouré de l’emblème des quatre Evangélistes.

    L’abat-voix est décoré du buste sculpté de saint Augustin tenu par des angelots.

    Des fissures dans la partie supérieure du mur latéral droit révèlent l’existence jadis d’une galerie au-dessus du cloître.

    Les piliers séparant les deux nefs rappellent par deux médaillons la mémoire des pères jésuites d’Enghien morts pour la Patrie et la reconnaissance des Saint-Quentinois, hébergés à Enghien en 1917. Un des côtés de ce pilier commémore le martyre du Père Pro ordonné dans cette église et fusillé, deux ans plus tard, au Mexique.

     

    NEF LATERALE

    La Maison Saint-Augustin et les Jésuites françaisL’élégant autel (1768) était consacré à sainte Anne (1627) avant de l’être à saint Nicolas de Tolentin dont la statue en décore le sommet et enfin à Notre –Dame dont le tableau en orne la partie centrale. Les lambris sont de style Louis XIV. Deux tableaux évoquent saint Nicolas de Tolentin, objet d’une dévotion ici très grande ; à droite la mort du saint couché et entouré des religieux, tandis que le Seigneur et la Vierge lui apparaissent au milieu d’anges ; à gauche, le culte que lui rendaient les infirmes.

    Au-dessus des lambris, se trouvent deux médaillons provenant du chœur : sainte Monique et saint Nicolas de Tolentin.

     

    Le banc de communion avec ses motifs et son médaillon reproduisant la scène des Disciples d’Emmaüs, est remarquable (1768).

    Les deux confessionnaux du même style que les deux autres, portent en médaillon l’effigie des évêques Possidius († 1430)(****) et Alipius Afer.

    Trois tableaux placés dans les lambris par les pères jésuites  - saint Jean Berchmans, saint Louis de Gonzague et saint Stanislas - ont remplacé trois gloires augustines.

     

    JUBE

    Sous la tribune des orgues que supportent des colonnes à chapiteaux composites, les unes en marbre, les autres en bois peint, pendent les armoiries de la duchesse Anne de Croy. Dernier souvenir d’une grande Dame qui légua aux Augustins 1.500 florins, « entendus que, comme ils ont un si pauvre chœur, ils emploieront générallement toute ladite somme à faire beau ledit chœur et l’église… ».

    Ainsi fut fait.

     

    CLOITRE

    La Maison Saint-Augustin et les Jésuites français

    La Maison Saint-Augustin et les Jésuites français

    Accolé à la chapelle, le cloître a la forme d’un quadrilatère de vingt-six mètres de côté. Il date des premières années du XVIIIème siècle. Les résilles de plomb de chacune de ses vingt-trois fenêtres sont différentes.

     

    Source : ENGHIEN par Yves Delannoy, Président du Cercle Archéologique d'Enghien, société royale - Fédération du Tourisme de la province de Hainaut, Mons.

    (*) Généalogie de Laurent de Reyngodt : cliquer ICI.

    (**) « … La troisième abbaye est celle d’EENAME, près d’Audenarde sur l’Escaut. Elle ne date que du XIe siècle et doit son origine à Baudouin V, de Lille, comte de Flandre. Le prince l’institua et la dota généreusement pour l’entretien de plusieurs moines bénédictins, qui tous devoient être de noble origine. Les bâtiments furent élevés l’an 1063, et dès l’année suivante un moine de saint Vaast d’Arras, Walther, y fut inauguré comme abbé.

    L’abbaye …fut dévastée par les Gueux au XVIe siècle. Le savant Corneille Smet dit n’avoir pu découvrir au juste à quelle époque eut lieu cette dévastation. L’abbé Jacquet de Lannoy rétablit le tout, avant de mourir, c’est-à-dire avant 1593.

    Nous n’avons rien trouvé de remarquable jusqu’à la fin du dernier siècle. L’abbaye d’Eename fut enveloppée alors dans les grandes ruines qui s’amoncelaient de toutes parts. Elle surtout devait tomber sous la hache des niveleurs, d’abord comme établissement religieux et retraite de pieux solitaires, et puis comme congrégation de gentils-hommes, parie de l’aristocratie, que les agitateurs de cette époque vouloient surtout anéantir… »

    (Journal historique et littéraire – Notice sur les anciennes abbayes des Flandres pp. 229. Imprimé à Liège chez P. Kersten, imprimeur de l’évêché, rue de la cathédrale, n° 721.)
    Voir aussi l'article en néerlandais sur le Parc archéologique de Ename.

    (***) Les avis diffèrent au sujet de la date de son décès : 10 juillet 1381 ou 1389 à Rome.

    (****) († 1430) Il s'agit probablement d'une erreur, car Possidius serait mort vers 437. Peut-être a-t-on voulu dire que le confessionnal datait de 1430, sachant que les confessionnaux situés dans la nef principale sont de la même époque (style Louis XIV).

     

    LA MAISON SAINT-AUGUSTIN HIER ET AUJOURD'HUI EN IMAGES

     

    La Maison Saint-Augustin et les Jésuites français

     

     

    LES JESUITES - LA COMPAGNIE DE JESUS

    La Maison Saint-Augustin et les Jésuites françaisLa Compagnie de Jésus (Societas Jesu, SJ) est un ordre religieux fondé par Ignace de Loyola (né le 24 décembre 1491) et quelques compagnons, approuvé par le Pape Paul III en 1540. On appelle ses membres les Jésuites. C'est l'un des trois ordres religieux numériquement les plus importants de l'Église catholique romaine, avec 12.808 prêtres et quelque 4.500 séminaristes en 2010. L'actuel supérieur général de la Compagnie de Jésus est Adolfo Nicolás.

    Les Jésuites peuvent être prêtres, frères ou étudiants (appelés également « scolastiques »). Comme les autres religieux catholiques, ils professent les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance à leur supérieur, après leurs deux années de noviciat. Ils prononcent aussi un vœu qui leur est propre : l’obéissance absolue, «perinde ac cadaver» (littéralement : jusqu'à ce que je sois un cadavre), à la volonté de Dieu et au Pape, est l'une des caractéristiques de la Compagnie de Jésus.

    Le sceau de la Compagnie, ou christogramme, IHS, représente les trois premières lettres de IHΣOYΣ, « Jésus » en grec.

    A ses débuts, la Compagnie s'occupe d'activités missionnaires, pastorales et intellectuelles, mais elle se tourne dès 1547 vers l'enseignement, qui devient son activité principale vers la fin du XVIe siècle. A partir de 1541, les Jésuites s’installent en Afrique, en Asie, en Chine, en Amérique du Sud, en Australie.

    A la mort d'Ignace de Loyola (31 juillet 1556 à Rome), la Compagnie compte plus d'un millier de membres. Soixante ans plus tard, elle en regroupe treize mille dans toute l'Europe.

    En 1580, les Jésuites installent une Maison professe à Paris, dans le quartier du Marais, qui accueille théologiens et scientifiques. Cette maison est aujourd'hui occupée par le lycée Charlemagne. On décide de construire une grande église à côté : l'église Saint-Louis (aujourd'hui Saint-Paul-Saint-Louis). En mai 1641, le cardinal de Richelieu y célèbre la première messe et la noblesse y vient écouter les sermons des prédicateurs. Madame de Sévigné assiste à toutes les messes dans cette église pour écouter les sermons du père Louis Bourdaloue. Les compositeurs français de l'époque, Jean-Philippe Rameau et Marc-Antoine Charpentier notamment, en sont les maîtres de musique. Ce dernier a notamment composé le fameux « Te Deum » qui sert d’hymne pour l’Eurovision.

     

    De 1614 à 1773, la Compagnie de Jésus rencontre de plus en plus d’oppositions et d’attaques. Les Jésuites finissent par être interdits et bannis de France et leurs deux cents collèges fermés. L'opposition des cours européennes est si forte que le Pape Clément XIV en vint, en 1773, à supprimer la Compagnie de Jésus partout dans le monde. La bulle débutait par la clause ad perpetuam rei memoriam et on pouvait y lire : « Il est à peu près impossible que, la société des Jésuites subsistant, l'Église puisse jouir d'une paix véritable et permanente ».

    La Compagnie fut rétablie en 1814 par le Pape Pie VII, mais les attaques continuèrent tout au long du XIXe siècle. En France, les Jésuites furent bannis à nouveau en 1880, puis à nouveau avec les autres congrégations en 1901.

    A la suite des décrets de Jules Ferry interdisant aux congrégations religieuses d'enseigner dans l'Hexagone les Jésuites commencent à émigrer dès 1880 à Jersey. Ce scolasticat accueillera notamment les Pères Teilhard de Chardin ou Henri de Lubac jusqu'en 1954 (1).

    La Maison Saint-Augustin et les Jésuites françaisEn 1887 ils émigrent également à Enghien, en Belgique, dans la Maison Saint-Augustin, rue des Augustins et rue de la Fontaine. Le théologat d’Enghien accueillera de nombreux jésuites connus, notamment le Père Aimé Duval, le Père Charles de Sèze, les Pères Jacques et Joseph Reinbold, le Père Delhaize, le Père Duvoisin, le Père Maille, le Père Tritz. Ils se firent beaucoup d’amis à Enghien, dans de nombreuses familles. Ils quittent Enghien en 1957 pour rejoindre leurs maisons de Reims, Chantilly … La bibliothèque contenait plus de 150.000 ouvrages, qui sont actuellement rassemblés à Chantilly dans la Collection des Fontaines.(2)

    (1) En 1901, après la Loi sur les associations, ils ont refusé de poser une demande d'agrément qui ne leur aurait sans doute pas été donné. Il leur est interdit d'enseigner et même, pour un temps, de prêcher dans les églises. Ils regroupent alors leurs maisons de formation à l'étranger, mais pas très loin des frontières, à Enghien, en Belgique, et à Jersey. Cette migration a eu l'heureux résultat de créer des microcosmes intellectuels où furent formés ensemble les hommes les plus influents de la période suivante. Les PP. Valensin, Teilhard de Chardin, de Lubac, Rousselet furent ensemble compagnons d'études. (Revue catholique de formation permanente : ESPRIT ET VIE n°89/septembre 2003 - 1e quinzaine, p. 12-13.)

    (2) Rassemblée à partir de 1951 à Chantilly, la Collection des Fontaines s'est enrichie de divers apports successifs qui constituèrent au fil des ans un ensemble de première importance. Près de 300.000 volumes proviennent de l'île de Jersey où la Compagnie s'installa en 1880, après les lois d'expulsion chassant les congrégations de France. S'y ajoutèrent en 1957, environ 150.000 volumes provenant de la bibliothèque de théologie d'Enghien, en Belgique... (Bibliothèque municipale de Lyon - Collections remarquables - Collection jésuite des Fontaines).

    Celui qui écrit ces lignes vint pour la première fois aux Fontaines en 1951, presque timidement, sous la forme d'une «permission» alors qu'il faisait son service militaire à Amiens. Plus tard le théologat d'Enghien en Belgique ayant été fermé après soixante-dix années d'existence (1887-1957), il y fit sa troisième année de théologie et fut ordonné, le 30 juillet 1958, dans la cathédrale de Senlis, autre cité royale toute proche de Chantilly. Il eut par la suite nombre d'occasions de revoir les Fontaines pour récollections et sessions diverses jusqu'à la dernière année. - Claude Guillocheau sj - (Jésuites - Province de France - Visite aux Fontaines ... à Chantilly et à Lyon).

     

     

    La Maison Saint-Augustin et les Jésuites français


    L’année 2012 a marqué le 125e anniversaire de l’arrivée des pères jésuites à Enghien, ainsi que le 55e anniversaire de leur départ.

    Rappelons en ces anniversaires le nom et les traits de ceux qui se dévouèrent avec autant de cœur que d'esprit, aux habitants d’Enghien, aux institutions et sociétés:

    le recteur Henri Jubaru (Bousbecque, 1865 - Lille, 1927), dont les conseils au cours de la Guerre 1914-1918 furent si précieux ;

    le P. Michel d'Herbigny (Lille, 1880 - Aix-en-Provence, 1957) traducteur qui servit d'interprète journalier entre occupant et occupés ;

    le P. Paul Derély (Tournai, 1884 - Tananarive, 1931), soutien moral et matériel des quelques 2.600 réfugiés français (1917-1918) ;

    les PP. Caruel et Pinard de la Boullaye (Paris, 1874 - Lille, 1958), carêmiers, l'un de Sainte-Gudule à Bruxelles, l'autre, de Notre-Dame de Paris, tous deux... orateurs sacrés à Saint-Nicolas d'Enghien ;

    le P. Joseph Dhür (Ahn, 1892 - Luxembourg, 1953), débonnaire professeur d'histoire écclésiastique, visiteur apostolique et aumônier de la moi­tié de la ville et de ses confréries religieuses ;

    le P. Mc Avoy, direc­teur de l'Action familiale ;

    le P. Alphonse Blanckaert, fondateur du Patronage, auquel succéderont les P.P. Martin, Corset, de Baillien­court, et Gravez qui se fera assassiner à l'entrée de son église par des malgaches (1947), etc. ; ces deux derniers avaient institué la J.O.C. tandis que le P. Brouillard, professeur de théologie, venait de fon­der deux ans plus tôt (1924) la J.O.C.F.. Cela fera dire à Monsei­gneur Cardyn que la J.O.C. est entrée dans le monde par Enghien et par les jésuites... ;

    le P. Michel Delaval, auquel demeurent liés le Cercle amical familial et la salle Pax ;

    le P. Pierre de Lattre, archiviste de la Maison, auteur de nombreuses études sur les institutions religieuses de la ville ;

    les P.P. Lemailloux et Aimé Duval, talentueux chefs de chorale ;

    les P.P. Herzog, Lengaigne et Bouillot, derniers aumôniers du Patronage ...

    Aux premières rumeurs du départ de la communauté, des pétitions en faveur de son maintien circulent, réunissant plus de quatre mille signatures. Une délégation s'en va les présenter à Rome au Saint-Père. Hélas ! Que peut alors un pape sur un Général ... Les Jésuites partent ainsi pour Chantilly, emportant une cloche d'Enghien (1) et laissant ici un drapeau aux couleurs de France. Aux grandes heures de la ville, prestigieux, il flotte rappe­lant ces dix Jésuites de la Maison décédés au cours de la première guerre mondiale, ces douze cents théologiens qui reçurent ici la prêtrise, et, par dessus le sang et le sacrement, cette profonde sym­pathie qui fit de leur communauté et de cette cité le plus beau des foyers, tandis que résonne par delà le temps l'adieu du doyen, le chanoine Robert Vincart, ser­rant la main du recteur : « Ce n'est pas une main, c'est cinq mille mains qu'elle repré­sente, les cinq mille mains de ma paroisse qui vous disent avec « cinq mille cœurs un sincère merci et un grand au-revoir près de « Dieu».

     

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    (1) Cette cloche se trouve actuellement (?) à Madagascar, plus exacte­ment il Andoharanomaitsro (autrement dit: A la source de l'eau verte). Cette cloche avait été donnée par le R.P. Lebrun au R.P. Jacques Reinbold, mis­sionnaire à Madagascar, mais le R.P. Misset, Provincial, ne voulut pas qu'elle quitte la France sans l'assentiment de la population enghiennoise. Celle-ci, par la voix de son bourgmestre, fit savoir qu'elle serait très heureuse de savoir cette cloche à Madagascar en souvenir du P. Garvey qui, après s'être tant dévoué, s'était fait assassiner là-bas (Manampatrana) en 1947 (Rensei­gnements aimablement communiqués et transmis respectivement par le R.P. J. Reinbold et Jacques, dit Georges Devroede). Cette cloche porte l'inscription suivante d'une part : De 1756 à 1955, j'appartins au carillon de l'église d'Enghien ; et d'autre part : ma voix perpétuera la gratitude des paroissiens d'Enghien envers les R.P. Jésuites de la Province de Champagne 1887-1957. Cette cloche (66 kg. sans battant) avait été fondue à Bruges par G. Dumery en 1756, et n'a pas été reprise dans le carillon lors de sa restauration.

    Source : Yves Delannoy - 150 ans de vie communale - A.C.A.E. - Tome XX.

     

    La Maison Saint-Augustin et les Jésuites français

     Source : Jésuites de la Province de France.