• CHICHE !!!

    C’était en juin 1963...

    Un week-end très chaud. À peine une poignée d’internes n’étaient pas rentrés en famille. Ceci se passe dans la salle d’études, en fin d’après-midi.

    J’avais alors le privilège d’occuper la place de choix attribuée à l’interne qui, en fonction de son comportement et de ses derniers résultats (j’étais sorti 1er en Syntaxe avec l’abbé Fraipont en 61-62 !...) avait été jugé particulièrement digne de confiance par ses supérieurs. C’était l’élève qui avait la charge de recevoir et de faire suivre les messages du portier (Rémy…) lorsqu’il arrivait, toujours boitillant, annoncer une visite… ou d’un professeur qui venait discrètement frapper à la porte pour convoquer un élève en cours d’étude,… mais aussi l’interne qui avait la charge d’actionner la sirène et la cloche ponctuant les études et les cours, d’ouvrir et de fermer toutes les portes… La fameuse clé « passe-partout »… : quel privilège !

     

    CHICHE !!!

    Il faisait vraiment très chaud. Nous avons entendu venir le terrible orage. Il était étourdissant. Des éclairs claquaient coup sur coup.

    Subitement, l’idée me vient…: je détenais dans mon banc le précieux Kodak (un cadeau reçu à ma communion solennelle en 1958 !) et son flash adaptable… Prendre une photo au flash dans la salle d’études, pendant une étude surveillée par l’abbé Lacrosse… C’était insensé !...

    Luc Boulet bloquait studieusement à deux bancs de moi. « Psst.. »… Luc se retourne, m’aperçoit avec mon flash… comprend immédiatement ce que je veux faire… : l’éclair de mon flash va se confondre avec ceux de l’orage… Lacrosse n’y verra que du feu… Risqué, quand-même… « Chiche ! », me fait-il, le pouce levé…

     

    CHICHE !!!

    Je tire ! C’est fait. Lacrosse, à 30 mètres de moi, n’a pas bronché. J’actionne vite la bobine et je remplace l’ampoule carbonisée, encore brûlante, pour pouvoir prendre un autre cliché. Je vise Lacrosse, de dos, penché sur l’interne qu’il aide à potasser. Je tire. Pas de réaction ! Ouf ! ...

    Voici le résultat. L’image est sombre, car le flash ne portait (heureusement…) pas très loin. En modifiant quelques paramètres et en zoomant au maximum, on peut bien apercevoir l’ombre de l’abbé Lacrosse, penché sur l’occupant d’un des derniers bancs de la rangée…

     

    CHICHE !!!

     

    CHICHE !!!

     

    CHICHE !!!

     

    CHICHE !!!

     

    Pour les incrédules, voici l’arme de mon défi. L’appareil fonctionne toujours, et il me reste quelques ampoules intactes…

     

    CHICHE !!!

     

    CHICHE !!!

     

    Voilà de l’histoire contemporaine…

    L’abbé Dumoulin nous faisait écrire, chaque année, en 1ère page de nos cahiers d’histoire : « La connaissance de l’histoire permet la compréhension du présent. » Il avait bien raison.

    Méditons !

     

    Amicalement à vous tous,
    Cordialement,
    Jean Drappier - 19 mars 2014