• L'arrivée des premiers anglais et la libération d'Enghien

     

    Enghien – L’Ancienne et la Ville Nouvelle – 5e Partie – Souvenirs de la Guerre 1940 – 1945.
    Association Les Artistes & Artisans Réunis d’Enghien
    (texte selon l'orthographe du document).

     

    Lorsqu'on s'informe pour savoir quels furent les premiers à passer par Enghien, on obtient généralement différentes réponses. Cela provient probablement du fait que ceux qui les ont vus pour la première fois, considèrent que c'étaient les premiers, ce qui dans une certaine mesure est vrai, mais n'implique pas pour autant que c'était les avant-gardes, autrement dit, ceux qui étaient en tête.

    Sans avoir la prétention d'en savoir plus long que d'autres, je décris ce que j'ai pu voir de mes propres yeux : – la Grand'Place est vide, trois chenillettes passent à côté de l'église en direction de la rue de Bruxelles. L'une d'elles, vire et s'arrête sur la place à côté de l'église en face de l'Hôtel de Ville. Un gradé saute du blindé, il tient dans une main un revolver à barillet et dans l'autre main, un registre. Il jette un regard autour de lui et entre rapidement dans la maison communale, dont la porte était ouverte je crois. J'essaye de voir à l'intérieur du véhicule sans toit et j'aperçois un soldat au volant et, à l'arrière, deux autres couchés à plat ventre, mitraillette au poing. Celui qui est situé de mon côté, me fait comprendre par des signes que je dois partir de là ; ce que j'ai fait.

    – Nous sommes tous dans la rue, on annonce que les Anglais sont là. Nous courons vite vers la Grand'Piace, beaucoup de monde arrive. Au moment où j'arrive près du Sacré-Coeur, déplacé depuis lors, les gens s'enfuient, pour ma part, je reste sur place. Une voiture décapotable allemande arrive, l'officier à côté du chauffeur est debout et tient dans une main un objet ? La voiture passe et s'engage dans la rue de Bruxelles.

    D'un petit groupe, qui était aussi resté sur place, sort en courant vers le coin du café « Les Sports », le jeune fils du Bourgmestre, au coin du café, il se jette à plat ventre avec une mitraillette. Quelques secondes plus tard, on tire et je m'enfuis.

    – Un grand char se fait stopper place du Vieux-Marché en face de l'école des Frères. Un civil monte près du soldat qui est dans la tourelle. Après avoir écouté les explications, le militaire passe visiblement un message radio. Lorsque cette personne est descendue, le tank reprend sa route vers Bruxelles.

    – D'après des témoignages, plusieurs personnes différentes auraient demandé de l'aide aux Anglais pour qu'ils se rendent au « Patriote ».

    – Un tank entre dans le Grand-Parc, à côté de la tourelle se trouve M. Dutilleux. A l'intérieur du parc des rafales sont tirées.

    – Rue d'Hérinnes, la foule saccage et dévalise un magasin, après quoi, ils se rendent dans une bijouterie où quelqu’un les empêche de forcer la porte intérieure.

    – Pavé de Soignies, la foule qui allait raser les cheveux d'une femme, doit s'enfuir, car on vient dire, que des Allemands arrivent de Hoves. « Une chenillette est un petit véhicule militaire à chenilles, faiblement blindé, assurant les transports sous le feu. Ces blindés étaient généralement l’avant-garde et étaient occupés par des volontaires».« Ceux qui sont passés par Enghien furent probablement ceux qui furent tués à l'entrée de Bruxelles, chaussée de Mons. A l'époque, cette nouvelle fut communiquée à la radio ».

    « En 1981 la RTBF a fait la projection d'un film d'amateur qui montrait ces premiers blindés passant dans des villes du Hainaut »...

    ... La crainte d’éventuelles représailles des allemands encore de passage et le manque d'information sur la situation locale, ont amené la majorité de la population à rester chez elle les derniers jours de l’occupation. C'est à la radio que l'on suivait généralement l'avance des Alliés, car personne n'aurait pu prétendre qu’il n'y avait plus d'ennemis dans les différents camps allemands existant dans les environs.

    Je n'ai rien vu des actes des Résistants. Ce dont je me souviens, c'est la joie et la gratitude que nous avons tous exprimé, tout d'abord aux « Tommies », ensuite aux Belges, Français, Canadiens et Américains lors de leur passage. « Enghien fut libérée le 3 septembre 1944 à 16 heures ».

    Une grande colère monta de la foule massée sur la Grand'Piace, lorsqu'on présenta au balcon de l'Hôtel de ville, les femmes rasées.

    Le bal populaire sur la place du Jeu de balle offrit pour la première fois en quatre ans, une réjouissance aux Enghiennois, jeunes et vieux.

    La libération n'était pourtant pas la fin de la guerre, les privations étaient loin d'être terminées pour beaucoup.

    Le rôle des gamins que nous étions consistait au début à courir de véhicule en véhicule, afin de demander aux soldats, des conserves, chocolats et cigarettes (d'ailleurs n'a t-on pas dit pendant plusieurs années, comme boutade, « cigaret for papa, chewing gum for bébé et chocolat for madmoisel). Par après, comme les écoles n'étaient pas encore en état de nous accueillir, nous avions le temps de nous rendre dans les différents campements anglais de la région.

    Le camp situé non loin de la place de Saint-Pierre-Capelle, me reçut jusqu'à quatre fois par jour : plus près de la ville, le camp établi pavé de Soignies eût ma préférence.

    Afin de nous procurer des effets, notre mère reprisait les chaussettes et lavait le linge des militaires. En échange de ces travaux, nous acceptions tout ce que les soldats pouvaient nous offrir : savons, couvertures, conserves etc. Nos premiers nouveaux vêtements furent d'ailleurs confectionnés, pour les filles dans des couvertures et pour les garçons dans des vêtements kaki. Un jour, sans m'en douter, je suis entré dans la tente du Major du camp, après s'être informé de la raison de mon intrusion, il me donna des vêtements, me demanda nom et adresse et me renvoya avec quelques provisions. Ce Major nous rendit souvent visite en prenant soin chaque fois de nous apporter l'un ou l'autre petit cadeau.

    Mes fréquentes visites à l'intérieur du camp, me permirent de me lier avec l'amical chef-coq de la cuisine ; il ne manqua jamais de me donner à manger. Nous rendions quelques fois visite aux prisonniers allemands par le chemin qui longeait les fils de fer barbelés.

    Le dernier fait saillant qui me reste, c'est la rentrée à l'école en 1945-46. L'école communale avait ouvert deux classes dans la salle des mariages de l'Hôtel de Ville. Après un test j'ai dû prendre place en première année primaire. J’allais avoir 12 ans.

    La première année fut assez houleuse, beaucoup de gamins âgés de neuf à treize ans étaient incorrigibles...

     

    Un témoin : le Père Camille-Jean Joset, jésuite (1912-1992)

     

    L'arrivée des premiers anglais et la libération d'EnghienLe 29 août 1944, alors que les événements militaires se précipitent, le père Joset doit quitter Namur. Le samedi 2 septembre, à Bruxelles, il participe à une sorte de « conseil de guerre » du Mouvement National Belge, au cours duquel sont adoptées les dispositions à prendre en vue de la Libération. De la capitale, il gagne Sint-Kwintens-Lennik (Lennik-Saint-Quentin), pour donner quelques instructions, avant de prendre la direction de la Maison jésuite d’Enghien, où il doit effectuer son « troisième an » (1). Le 3 septembre, en cours de route, il croise des Allemands en débandade, puis une colonne de division blindée de Guards anglais. Dès ce moment il considère que sa « tâche de suppléance dans la clandestinité est terminée et qu’il appartient aux autres de reprendre la leur ». C’en est fini pour lui, de la guerre et de la Résistance : il retourne à l’état religieux pur et simple. Pendant les jours suivants, changeant de rôle, il devient aumônier auxiliaire pour les prisonniers de guerre allemands, parqués aux abords d’Enghien.

    Au cours des mois suivants, il est ulcéré par l’attitude des « résistants de la onzième heure », qui paradent et revendiquent des prébendes. En février 1945, il estime que le MNB est « mal dirigé et plein de cabales : tout esprit patriotique semble s’y résumer en intrigues ou en recherche d’avantages ». Après quelques algarades, il prend ses distances envers ce mouvement, ne participant plus qu’au défilé de la Victoire du 13 mai 1945.

    Ultérieurement, le Père Joset est reçu par le Prince Charles, Régent du Royaume. Il se voit adresser une lettre personnelle de remerciements de Charles de Gaulle, chef de la France Libre. Nommé lieutenant-colonel de la Résistance par arrêté du Régent du 4 septembre 1947, il est reconnu résistant armé (du 1er janvier 1941 au 15 octobre 1944) et résistant par la presse clandestine (du 1er septembre 1941 au 1er septembre 1944). Sans les avoir demandées, ni refusées, il deviendra le titulaire de nombreuses distinctions honorifiques, belges et étrangères.

     

    Biographie

    Camille-Jean Joset, né le 26 février 1912 à Arlon et décédé le 28 octobre 1992 à Namur, était un prêtre jésuite belge, historien et pendant de nombreuses années professeur d'histoire aux Facultés Notre-Dame de la Paix de Namur. Il fut résistant durant la Seconde Guerre mondiale.

    Son père qu'il admire est le directeur du journal L'Avenir du Luxembourg et sera un résistant des deux guerres. Camille-Jean Joset entre au noviciat des Jésuites en 1929. Il tombe gravement malade et ses médecins lui déconseille vivement toute activité intellectuelle. Il fera des études en philosophie, en théologie, en droit. En octobre 1940, il décroche son doctorat en philosophie et lettres. Sa thèse porte sur les Villes au pays de Luxembourg (1166-1383). Par la suite, il obtiendra son doctorat en droit à l'université de Nancy.

     

    Son action durant la guerre

    Dès 1939, au côté de son père qui avait déjà travaillé au renseignement britannique durant la Première Guerre mondiale, Camille-Jean Joset prend part à l'organisation du renseignement. Il contribue à la mise sur pied des brigades Toast en province du Luxembourg et sera la cheville ouvrière en 1941 de leur fusion avec le Mouvement National Belge (MNB) d'Aimé Dandoy avec lequel il fonde le journal clandestin "La Voix des Belges" dont il assurera la direction dès avril 1942. Suite à l'arrestation d'Aimé Dandoy survenue le 23 octobre 1941, Camille Joset père prendra la tête du réseau et en deviendra le commandant national. il sera arrêté à son tour le 27 avril 1942 et restera trois années prisonnier, période durant laquelle il perdra l'usage de ses jambes. la continuité des activités du MNB fut assurée par son fils, Camille-Jean Joset, qui reprit la direction de La Voix des Belges tandis que Raymond Defonseca en reprenait le commandement national.

     

    Les Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur

    Admis en qualité de professeur dès 1943, Camille-Jean Joset contribua à l'organisation, dans la clandestinité de cours et d'examens interdits par l'occupant. En 1948, il est élu secrétaire général des Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix et administrateur général en 1949, charge qu'il occupera jusqu'en 1970. En 1961, il fonde la faculté des Sciences économiques et sociales.

     

    (1) 3e an : troisième année de probation. Celle-ci clôture la formation de tout jésuite. Elle précède l’émission des vœux définitifs, qui entraîne, à proprement parlé, l’incorporation dans la Compagnie… Il effectue son 3e an à Enghien, de novembre 1944 à juin 1945. Ensuite il reprend ses activités académiques à Namur… enseignement à la Faculté de philosophie et lettres, dont il est le secrétaire…

     

    Photos

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